L’interview du dimanche : Alexandre Jacquet, corsetier

J’ai rencontré Alexandre Jacquet lors du vernissage de son exposition à la galerie d’Art Espace de la Calende à Rouen, 31 rue du Bac avec la peintre Sophie Morisse. Ils ont travaillé en collaboration, Sophie peignant les corsets d’Alexandre Jacquet dans ses tableaux. L’exposition est sublime, le jeu d’écho entre les corsets, sculptures textiles et les toiles représentant les corsets portés dans des décors très intimes.

Ces corsets m’ont interpellé, par leur beauté, leur technicité. Et tous ces multiples détails qui donnent un charme fou : plissés, broderies, perlages, chording (une technique qui s’apparente au boutis). Alexandre Jacquet est un passionné, ce fut donc un vrai plaisir d’échanger avec lui sur ses créations.

1/ Alexandre, peux-tu te présenter ?

J’ai commencé à coudre de manière utilitaire, pour coudre des voiles de maquettes de bateaux. Puis j’ai réalisé un costume Ier empire avec ma mère. Puis j’ai voulu prendre mon envol et réaliser le deuxième tout seul.

Alors que je faisais une formation professionnelle de dessinateur-projeteur, j’ai été contacté par Le Phare, le Centre Chorégraphique National  du Havre pour réaliser 80 costumes. Tout ça en 6 mois et avec un budget de 25 euros par robe. Le défi était un peu fou, mais je l’ai relevé.

Lorsque j’ai été accepté au Greta de la Mode à Paris, c’est ce projet qui m’a valu une dotation du Fonds Social Européen.

Au Greta, j’ai très vite assimilé le programme de couture, ce qui m’a permis de me spécialiser sur les corsets, dont j’étais déjà mordu à l’époque.

J’ai eu la chance de faire des stages passionnants. L’un chez un tailleur pour homme, Camps de Luca  car leurs techniques sont très proches de celles de la corsetterie. Un autre chez Sommier des costumiers parisiens qui possèdent des millieurs de vêtements d’époque, dont des corsets cousus main. Lorsque je leur parlais de techniques précises non seulement ils voyaient exactement ce dont je parlais, mais en plus ils pouvaient aller me chercher précisement une pièce conçue de cette manière. Pouvoir l’examiner littéralement sous toutes les coutures a été extrêmement enrichissant. Puis j’ai fait d’autres stages, où j’ai pu appliquer mes connaissanes pour faire des bustiers, sur Le Havre, et sur des costumes, à l’Opéra de Rouen.

C’est une très bonne école pour apprendre la rigueur, une technique très pointue et m’a permis de pousser plus loin mon perfectionnisme.

2/ Pourquoi t’être spécifiquement intéressé aux corsets ?

Ayant commencé par des costumes d’époque j’ai très vite cousu et créé des corsets. J’ai d’abord fait plein d’erreurs, procédant par essais et ajustements. Et j’ai en m’intéressant à des costumes d’époque, en voulant en créer en faisant plein d’erreurs. Lorsque je suis arrivé au Greta, j’étais prêt à me spécialiser sur ce vêtement.

3/ Qu’est-ce qui a fait que c’est cette technique particulièrement qui t’a plu, dans laquelle tu t’es spécialisé?

J’aime particulièrement le fait qu’on travaille une silhouette. Il y a une vrai travail de modelage, de façonnage qui s’apparente presque à de la sculpture. J’aime aussi la rigidité du corset qui fait qu’on peut broder des perles dessus sans se soucier du poids et de sa répercussion sur le tissu.

Pour finir la grande dextérité et la technicité exigée par les corsets correspond à mon caractère très perfectionniste.

4/ Depuis combien de temps créés tu tes modèles ?

Au tout début j’ai utilisé des patrons, puis très vite, dès ma deuxième robe d’époque, j’ai créé mon propre modèle.

5/ Comment tu procèdes ?

Je fais tout en coupe à plat.

D’abord je réfléchis à une silhouette, je pense les courbes, je dessine, je trace mon patron. Puis je construis mon proto.

Ensuite je choisis mes tissus, qui sont toujours de très belle facture.

Lorsque je veux mettre au contraire l’emphase sur la broderie je procède différemment. Je dessine d’abord le motif, puis j’en choisis la couleur, j’y assorti la couleur du tissu support. Puis je dessine la forme du corset.

NdA : Alexandre brode et perle tout à la main, à l’aiguille et au crochet de Lunéville.

7/ Dans quel environnement et comment travailles tu ? (musique, ambiance particulière)

Je travaille dans mon atelier, le plus souvent avec la radio.

Je me lève assez tôt, et couds deux heures le matin. Puis à nouveau 7h l’après-midi. Le soir je dessine, réponds à mes mails.

8/ Quelles sont les artistes qui t’inspirent ?

Je suis plus inspiré par les époques, certaines en particulier comme l’époque baroque.

9/ Est-ce qu’il y a des partenaires avec lesquels tu aimes travailler ?

Oui, j’ai beaucoup aimé travaillé avec Sophie Morisse et j’aimerai réitérer ce travail avec un souffleur de verre, un ébeniste. Je recherche la complémentarité, au niveau du travail du volume, de la texture etc.

10/ Quelle est la création dont tu es le plus fier ?

Ma dernière création réalisée en janvier/février 2015, entièrement brodée à la main. J’ai passé un mois à broder 10 heures par jour, parfois même le week-end. En tout j’y ai passé trois cent heures, ce qui explique le coût important du corset, 6000 euros. Cette création m’a valu un appel de la chambre des métiers d’art, j’en suis très touché.

11/ A qui tes corsets sont destinés ?

A tout le monde, certaines le portent en soirée, d’autres pour des occasions spéciales (mariage, anniversaire), des pin-ups font appel à moi, certaines le portent dans la vie de tous les jours. Des hommes peuvent porter des corsets également.

Néanmoins, pour des corsets avec une réduction de taille, il faut être vigilant sur le fait que les personnes doivent avoir des dos en bonne condition. Les personnes ayant un dos fragile pourront toujours avec un corset, sans réduction de taille, mais avec un effet « taille fine » grâce à quelques petites astuces.

12/ Qu’est-ce que tu souhaiterais par rapport à ton activité, par rapport à ta technique ?

Depuis janvier 2015 j’ai commencé une collection de prêt à porter parallèlement à mon travail en corseterie sur mesure. Chaque mois je sortirai une nouvelle robe avec un nombre de pièces limitées. La particularité de cette collection sera que dans chaque robe sera réinvestie une technique de corseterie.

Si vous souhaitez commander un corset, une robe sur mesure pour une occasion spéciale vous pouvez contacter Alexandre par le biais de son site. Ce sera certainement l’expérience d’une vie, la co-élaboration d’un vêtement qui vous ira comme un gant. N’hésitez pas à le contacter pour de plus amples informations.

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13 thoughts on “L’interview du dimanche : Alexandre Jacquet, corsetier

  1. Les photos sont magnifiques! Ces corsets font rêver, et quand on imagine le travail pour chacun d’entre eux, ça force le respect!

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