La broderie zardosi, qu’est-ce que c’est ?

Broderie-indienne-7710_LightroomLa vie reprend, un peu différemment, avec la conscience aigüe qu’il est de notre devoir à tous d’être vigilant.

Cet article était en rédaction depuis un mois, j’avais tant de pain sur la planche. Néanmoins celui-ci étant un bel exemple d’un art qui traverse différentes cultures, différents pays, j’ai trouvé qu’il se prêtait bien aux circonstances.

Il existe plusieurs bons articles sur la broderie zardosi en anglais, mais très peu d’informations existent en français. Merci de ne pas copier ce texte, mais s’il vous intéresse de faire un lien vers cette page.

J’ai donc fait quelques recherches pour expliquer  l’origine de cette broderie que vous voyez régulièrement sur ce blog, et que vous appréciez visiblement.

 

Zar-dosi vient deux mots perses accolés : zar (or) et dosi (broderie). Il est fait mention de cette broderie dans les Rig Veda, hymnes sacrés appartenant aux textes canoniques de l’hindouisme (Veda), rédigés entre 1500 et 900 avant J-C. Ce type de broderies était décrit sur les vêtements des Dieux. Néanmoins c’est sous les Moghols (XIVème et XVème siècles) qu’elle connut un essor important.

Akbar, empereur moghol l’encouragea et fut un de ses mécènes sur le sous-continent indien. Elle se développa sous son règne, à sa cour, fit l’objet de nombreuses commandes par les aristocrates pour orner vêtements, tentures, parures de literie, parures d’éléphants de cheval etc. A la chute d’Akbar les brodeurs partirent vers d’autres contrées, notamment vers le Rajasthan et le Pendjab.

Bien souvent après les mariages, lorsque les saris étaient brodés d’or et d’argent, ils étaient brûlés pour récupérer toute la matière première. Seule une petite partie du sari était conservée en “memento” (Linda Layton).

Elle subit un déclin en raison du coût des matériaux et de la désaffection des élites jusqu’à après l’indépendance de l’Inde (1947) où le gouvernement chercha à mettre en valeur les traditions séculaires en les soutenant par l’intermédiaire de l’équivalent des chambres de métiers (formations).

Des débouchés externes se sont ouverts, en Europe, au Japon et cet afflux de commandes provenant de l’étranger, parallèlement au marché intérieur (saris d’apparats et saris de mariage) a permis que des ateliers soient créés. 

Ancestralement ce sont les hommes qui brodent, dans des villes où une tradition en broderie existe (Lucknow, Calcutta).

Cependant la modification des demandes a entraîné deux changements :

  • l’émergence de nouvelles villes pour la broderie (Hyderabad, Mumbai (Bombay) ; Chennai (Madras), où se situe l’atelier du fils du brodeur français François Lesage, Jean-François Lesage, qui emploie dans son atelier 200 brodeurs indiens).
  • la formation de femmes par le biais de coopératives de femmes, soutenues par des programmes de commerce équitable. Désormais 10 à 15% des brodeurs sont des femmes.

Malheureusement des enfants sont employés dans certains ateliers. Les ateliers n’employant pas d’enfants le mettent généralement en avant, et s’engagent souvent de la même manière à donner des avantages sociaux à leurs employés (d’où l’importance de passer par des coopératives certifiées pour acheter de la broderie).

Les techniques :

Il existe différents types de broderies zari, selon les matériaux que l’on utilise.

Ceux-ci sont variés : fil que l’on brode directement (grâce à un crochet aari), les cannetilles, fil métallique spiralé (que l’on pose grâce à un fil et une aiguille que l’on insère à l’intérieur), les sequins, de différentes tailles, les perles, de rocailles, les pierres précieuses, les perles précieuses, les soutaches (sorte de tresses), les jaserons (fil épais que l’on couche).

Les possibilités sont infinies selon les matériaux, les motifs, l’alliance entre eux. Les couchures ajouteront du volume, les perles et pierres précieuses, la soie, des reflets, du volume également.

Les couleurs sont apportées soit par des fils de soie, soit par des perles colorées, de la cannetille colorée.

  • On tend le tissu et on le coud à un métier.
  • On reporte le motif dessiné sur un calque en le piquant tout au long du trait, puis on passe une poudre de craie (mélangée à de la gomme arabique et à de l’alcool ) sur le calque, en passant à travers les trous elle marquera le tissu dessous.
  • Place à la broderie ! Et là, je ne peux guère vous en dire plus. Tout dépend des matériaux, de l’effet que l’on veut donner. Parfois on commence par le contour, parfois par l’intérieur.

Les motifs sont bien sûr dessinés par des stylistes, des créateurs. Les souliers de cuir Louboutin ont été brodés par exemple dans l’atelier Lesage, à Chennai. De la restauration de notre patrimoine historique est également faite dans ces ateliers.

Pour voir une vidéo du “geste” vous pouvez aller voir Strands of Silk  vous y trouverez davantage d’informations également. Pour voir des photos de l’atelier de Jean-François Lesage je vous invite à vous rendre sur son site. Et pour prendre des cours, je vous invite à contacter Shikha, merveilleuse enseignante de zardosi.

 J’essaierai de compléter cet article au fur et à mesure que je trouverai des informations. Certaines choses sont floues. J’ai lu par exemple une phrase comme quoi Marco Polo avait parlé des broderies gujeraties, mais sans plus d’informations. Je vais donc continuer mes lectures et enrichir ce texte. Si vous avez des questions, n’hésitez pas !

/Petit aparté, la broderie or existait également en Europe (les écussons militaires étaient réalisés ainsi), en Asie (Malaisie, Indonésie), c’est une technique vernaculaire néanmoins les motifs varient, les outils parfois également (différences de crochet à broder)./

Sources :

 Balwant Singh Mehta, Karren Sherry, Wages and productivity of child labour : a case of the zardosi industry, Institute for Human Development, New Delhi, 2008

Linda Lynton, The Sari (styles, patterns, history, techniques), Thames & Hudson, London, 1995

Articles du Figaro, Business Today, Wall Street Journal 

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14 thoughts on “La broderie zardosi, qu’est-ce que c’est ?

  1. MUMMMM cette sorte de broderie est bien tentante.. mais cela doit être difficile.. sans compter les divers matériaux…
    merci pour cette belle information….

  2. Je serai bien incapable de réaliser de si jolies broderies, je préfère les admirer en fait. Très intéressant ton article. Merci.
    J’avais lu quelque part que les hommes (à une certaine époque) avaient seuls l’autorisation de broder. Alors qu’aujourd’hui sur notre continent, voir un homme broder est une exception que l’on apprécie et que l’on admire. A bientôt

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